Coups de cœur

« Domovoi » de Julie Moulin aux éditions Alma

Ma belle surprise de la rentrée littéraire, sorti le 5 septembre aux éditions Alma

Julie Moulin ouvre son roman tout début 2015 à Paris, avec Clarisse, jeune étudiante à Sciences Po, issue d’un milieu privilégié et intellectuel. Clarisse doit cependant vivre avec un drame en héritage : la disparition de sa mère, Anne, 10 ans auparavant. Qu’est-elle devenue ? Personne n’en sait rien. Elle décide de partir en Russie, ce pays si cher à sa mère, qui y a vécu pour ses études en 1993. Là-bas se niche peut-être la vérité sur un secret de famille… L’auteure alterne avec intelligence les chapitres concernant Clarisse en 2015 et ceux concernant sa mère, Anne, en 1993, alors qu’elle séjourne en Russie. Dans ce roman, Julie Moulin évoque avec une plume émouvante l’apprentissage de jeunes adultes dans un monde en pleine mutation. En 1993, la Russie vient de naître sur les cendres de l’URSS. Le peuple est marqué par des années de communisme et d’encadrement. Ici, Julie nous offre une vision sublime du peuple russe, l’âme riche et complexe de ces hommes et de ces femmes jamais brisées par l’Histoire, toujours prêts à rebondir, toujours généreux malgré les privations.

Mais on lit aussi en parallèle, la Russie de 2015, avec ses mutations et son repli nationaliste. La Russie de Poutine.

À 20 ans de distance, Anne et sa fille Clarisse vivent l’entrée dans l’âge adulte, marquée par un voyage en terre étrangère. Les voyages forment la jeunesse dit-on, et c’est on ne peut plus vrai dans ce roman. Confronté à d’autres cultures, à d’autres valeurs, à d’autres drames, Anne et Clarisse vivent le tourbillon abyssal de la liberté et de l’amour. Une soif d’absolu et de liberté qui nous rappellera à tous nos premiers voyages d’adolescents hors de nos frontières. Frontières du pays, mais aussi frontières de notre éducation, de notre famille, de notre culture. Nous avons tous ressenti cette forme de liberté à la fois enivrante et effrayante. Et à quelques exceptions près, ce sont les voyages qui nous sortent de notre zone de confort et des barrières sécuritaires posées par nos parents, qui nous forgent, nous construisent, et nous transforment.

Julie Moulin m’a émue au long des 300 pages. Tant à travers du regard de ces jeunes femmes qui se construisent, que dans le regard de l’enfant qu’est Clarisse, à la recherche éperdue de la vérité sur sa mère.

Ce roman nous émerveille, nous fait voyager, nous fait verser une larme. C’est un roman d’apprentissage mais aussi une formidable déclaration d’amour à la Russie et surtout à l’âme russe : ses habitants. En refermant le livre, je n’avais qu’une envie : prendre un billet d’avion pour Moscou et aller boire le thé avec Maria, tenter de percevoir l’ombre d’un Domovoi en embuscade dans le salon.

Petit plus, l’auteure a construit très intelligemment son livre, en nous tenant en haleine avec ce secret de famille en filigrane, dont le dénouement, je dois l’avouer, m’a complètement piégé !

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