Roman

« Cavale ça veut dire s’échapper » de Cali aux éditions du Cherche-Midi

Cavale ça veut dire s'échapper de Cali


« On ne comprenait pas tout, mais à nos âges tout explosait autour et on ne demandait qu’une chose, exploser avec.
Un instant, j’ai voulu vous suivre, vous voir, respirer ce que j’aurais dû respirer. Mais je suis resté sur la pente. Et j’ai pleuré, pas fort non, mais ruisselant à l’intérieur.
J’entendais des gouttes tomber de très haut, une à une, au fond de mes entrailles déchiquetées. Mon ventre pleurait et mon cœur hurlait, comme quand un cœur hurle à la fin du tout.
Est-ce qu’on meurt d’amour ? »

Dans ce roman qui ressemble fort à une autobiographie aux accents universels, Cali nous parle de son adolescence, après avoir évoqué son enfance dans le précédent « Seuls les enfants savent aimer ».

De cette période au lycée, qui fut pour la plupart d’entre nous, un mélange d’explosion et de tourbillons des émotions.

Ce moment où l’avenir nous fait peur autant qu’il nous appelle, ce moment où l’avenir nous indiffère autant qu’il nous interpelle et nous terrifie.

Ce moment où tu es résolument persuadé que tu seras celui qui changera le monde et le même qui, le lendemain, est persuadé que l’avenir est tellement compromis que tu préfèrerais que tout s’arrête immédiatement.

Ce moment où ta seule obsession est de savoir avec qui tu vas (enfin) perdre ta virginité.

Ce moment où l’amour te parait tellement fort et absolu, que tu es persuadé que tu vas finir par mourir d’aimer aussi fort.

Ce moment où l’amitié est tellement intense, tellement identitaire, que tes amis deviennent ta famille, ton repère, ton rocher, ton tourment.

Et puis la musique bien sûr. La musique qui est à la fois une manière de révolutionner le monde, de faire entendre sa voix, de laisser s’y écouler la tristesse et la peur.

L’adolescence, ce moment magique et terrifiant où tu as envie de laisser l’enfant que tu étais derrière toi, mais que tu n’es pas certain de devenir l’adulte que tu as envie d’être.

Et puis laisser l’enfance, c’est devoir abandonner tellement de choses rassurantes. En a-t-on vraiment envie ?

CALI a cette écriture que je qualifie de magique dans la mesure où, paradoxalement, je n’en suis spécialement pas fan, mais elle parvient tout de même à m’ensorceler. Comme une mélodie envoutante. Car il y a résolument de la musique entre ses pages et dans sa manière d’assembler les mots.

Envoutant parce que d’ordinaire je ne suis clairement pas une adepte des romans qui nous parlent de notre adolescence.

Pour tout un tas de raisons. D’abord parce que mon adolescence n’est clairement pas une période de ma vie dont j’ai envie de me souvenir.

Et ensuite parce qu’en matière de roman, je préfère résolument découvrir des choses qui me sont inconnues ou inaccessibles.

L’adolescence de Cali est tellement proche de celle que chacun d’entre nous a pu vivre, que le récit en tant que tel ne me laissera pas une trace indélébile.

Autre point que je tiens à souligner en tant que « fille ». J’ai toujours su que les garçons, à l’adolescence, n’avaient comme obsession que leur première fois, limite peu importe avec qui. Mais au fond de moi, je suis une indécrottable romantique. Mais alors là, je crois que mon coté fleur bleue s’est définitivement envolée. Cali raconte certaines scènes entre mecs, qui m’ont parfois dérangées, telle que celle où son copain sent sans cesse ses doigts après avoir caressé une fille, juste pour montrer aux copains qu’il « l’a fait ». Au secours !

Bref, je m’égare. Ce n’est qu’un détail dans ce livre et je n’en retiendrai pas que ça, mais ce passage ne m’a pas enthousiasmé…

Malgré tout, Cali l’auteur envoûte. Je me suis longtemps demandé, après avoir refermé ce roman pourquoi, alors que le sujet ne m’intéresse pas plus que ça, j’avais été finalement si subjuguée par sa plume ? 

Et je crois que j’ai trouvé la réponse.

Outre la musicalité inhérente à son écriture, j’ai trouvé magique la capacité de cet homme à se reconnecter à l’adolescent qu’il a été.

En réalité, à aucun moment nous n’avons le sentiment de lire un adulte qui écrit sur son adolescence. Non.

On lit véritablement un adolescent qui parle de son quotidien, avec cette sensibilité et cette fougue propre à cette période de la vie. Il parvient à se souvenir de détails qui nous reconnectent à l’adolescent que nous avons été. Il n’a jamais la prétention de les analyser avec l’œil et le recul de l’adulte. Il ne donne pas de leçon, il revit ce moment.

Et c’est cette capacité à se reconnecter à ces incroyables émotions que j’ai trouvé fascinante et addictive.

Merci aux éditions Cherche-Midi pour cette lecture !

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